Du boulot ? Mais vous demandez la lune Mad’mOiselle ! On est en France ici !

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A cela, je pourrai ajouter : « Et puis quoi encore ? Un Mars ? » Et ouai, elle a pas tort la p’tite dame. On est en France. Et la recherche de boulot depuis quelques années, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Je crois que je ne vous apprends rien puisque nous sommes des millions à le savoir.

Les faits

Mon curriculum vitae ne manque pas d’expériences dans la commerce. Six ans de bons et loyaux services dans divers domaines depuis l’âge de mes seize ans : immobilier, restauration rapide, cosmétiques, distribution du journal aux bouches du métro, serveuse de crêpes, prêt-à-porter fois dix, responsable de boutiques, souvenirs, automobile et j’en passe !

Aujourd’hui, je suis à la recherche d’un poste de vendeuse, non pardonnez-moi. Après rectification de la part de ces chers professionnels, il s’agit d’un poste de « conseillère de vente ». Ca change clairement la donne. Donc je suis à la recherche d’un poste en tant que conseillère de vente dans le luxe. Prada, Vuitton, Chloé, etc.

Mon passe-temps non favori lorsque je n’écris pas, c’est Fashionjobs. Déjà ça, ça fait rêver.

Après trois semaines d’exploration, je suis inscrite dans pas moins de cinq ou six agences d’intérim spécialisées dans le domaine. A vrai dire, j’ai arrêté de compter.

Je peux vous assurer d’une chose : être en contact avec ces femmes qui occupent des postes de consultante est une sacrée aventure durant laquelle je reste gaiement perplexe.

Les scénarios sélectionnés parmi d’autres :

Premier cas de figure : 

Au téléphone pour la prise de rendez-vous avec la consultante que nous appellerons Madame Enthousiaste :

– Madame Enthousiaste : Super ! Je vous attends donc demain à 16 heures mademoiselle !

(Evidemment comme nous sommes en recherche d’emploi nous avons TOUT notre temps. Il n’y a aucun problème au fait de casser notre journée puisque de toute évidence il semble que nous comptions le nombre de nuage depuis notre canapé…)

– Moi : Parfait !

– Madame Enthousiaste : Ha ! N’oubliez pas d’amener certains papiers, comme la carte d’identité, le RIB, blablaba… Et un extrait de votre casier judiciaire !

– Moi : Casier judiciaire ? Mais pour quoi faire ? Je cherche un poste de vendeuse. Je ne postule pas pour la NASA ?

– Madame Enthousiaste : Je sais bien. Mais ce sont les entreprises qui demandent ça maintenant. Je suis désolée, je sais que c’est un peu bizarre…

– Moi : Bon… Je volais des bonbecs quand j’étais petite à la caisse du supermarché et j’ai arnaqué mon voisin quand j’avais neuf ans en lui vendant ma GameGear cassée. Ca compte ??

Deuxième cas de figure : 

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J’appelle une agence pour une offre d’emploi que j’ai vue. Salaire proposé : entre 2000 et 3000 euros. La fourchette est large mais je m’en fiche, ce poste est pour moi ! Expérience requise : entre 2 et 5 ans. Là, je m’affole sur les touches de mon portable telle une winneuse. Cette consultante nous l’appellerons Madame Aigrie de la Mort.

– Madame Aigrie de la Mort : Allô. (Imaginez que le monde vient de s’écrouler sur ses épaules. Imaginez aussi que c’est à la limite si elle ne mâche pas vulgairement un Malabar.)

– Moi. Toute ravie, le sourire jusqu’aux oreilles : Oui bonjour, c’est pour le poste de bazar truc machin chouette. Je viens de postuler y’a vingt minutes. Avez-vous déjà vu par hasard mon CV ?

– Madame Aigrie de la Mort : Et vous m’appelez pour ça ?

(Non. En réalité, c’est juste pour savoir quelle marque de papier toilettes vous utilisez au sein de vos locaux )

– Moi. Je comprends que j’ai à faire à Madame Soleil dans toute sa splendeur : Ce poste m’intéresse beaucoup !

– Madame Aigrie de la Mort : Oui mais c’est pas possible. J’ai votre CV sous les yeux et vous ne correspondez pas au profil. Je vous rappelle cet après-midi afin que nous fixions un rendez-vous. ( sans doute pour rentrer dans les statistiques du fichier « candidats », j’imagine ? )

– Moi. Je respire un grand coup, je garde ma banane : Ecoutez, j’entends bien ce que vous dites mais je ne saisis pas.

– Madame Aigrie de la Mort commence à s’agacer : c’est de 2 à 3000 euros. Le salaire.

– Moi. A présent, je comprends que ma tête ne lui revient pas. Madame Aigrie de la Mort ne VEUT pas que j’ai le poste : Le salaire… Je sais, c’est pour ça notamment que je postule.

(Espèce de nouiiiiiiiille !)

– Madame Aigrie de la Mort : Ce n’est pas POSSIBLE. Il faut en plus 2 à 5 ans d’expérience.

– Moi. Je regarde mon tapis de yoga, je reste zen et respire un bon coup avant de lui tenir poliment tête : Si vous regardez mon CV, vous compterez 6 ANS d’expérience. Je rentre donc dans (ces pUtain) de critères.

– Madame Aigrie de la Mort persiste dans sa bataille entêtée : Ah ouiiii… Mais certaines de nos candidates ne sont pas comme vous. Celles qui ont au moins 2 ANS d’expérience, ont par exemple déjà travaillé chez DIOOOOOOOOR. Et puis elles parlent le russe ou le chinois.

– Moi. C’est tellement ridicule que je commence à en rire. Cependant, j’ai l’impression d’endosser le rôle de Miss Pretty Woman quand elle rentre dans cette fameuse boutique pour claquer toute sa thune. A sa venue, aucune vendeuse ne daigne lui prêter attention. Bien ouai, Julia et son look extravagant, ça le fait moyen pour ces vendeuses. Moi c’est un peu pareil, je me sens exclue avant l’heure. Mais je ne cède pas face au russe et au chinois : Et moi je parle le breizh de Bretagne. C’est le cas de vos candidates ?

(Donc à ce stade, je ne cherche même plus à connaître le nom de l’enseigne qui a fait appel à l’agence de Madame Aigrie de la Mort dans le but de postuler de mon côté.)

– Madame Aigrie de la Mort veut conclure d’un ton solennel : Madame. Oubliez ce poste. Je vous rappellerai dans l’après-midi.

– Moi. Une idée ingénieuse me traverse l’esprit avant de conclure avec ce contexte discriminatoire et nonchalant : Non. Ne vous donnez pas cette peine. Ne me rappelez pas. Durant cette conversation j’ai pu noter votre « extrême » amabilité. J’étais juste une une cliente mystère. Au revoir Madame !

Vu qu’on était vendredi en fin d’après-midi, je me suis frottée les mains à l’idée de me dire qu’elle allait kiffer son week-end en mode Prozac. L’aigreur gratuite parfois on la paie…

Cependant, je n’étais pas énervée en raccrochant. Ca m’a même amusé. Mais je me suis tout de même demandée comment pouvait-on être aussi désagréable ? Et on doit compter sur ce genre de personnes pour nous aider dans nos démarches ? Oh my God !

Troisième cas de figure :

Celui d’une amie mexicaine. Cette jolie plante parle l’espagnol, l’anglais et le français couramment. Elle a déjà une première expérience dans un hôtel quatre étoiles à Londres.

Dans une agence d’intérim aussi spécialisée dans le luxe, sa conseillère lui propose une offre d’emploi dans l’un des plus beaux hôtels de la capitale. Seulement voilà, après réflexion la gentille consultante revient sur sa proposition et lui fait comprendre qu’elle ne correspond au poste. Mon amie ne saisit pas. Maligne, elle parvient tout de même à s’acquérir du nom de l’employeur. Elle répond à sa conseillère : « Tant pis. Ce n’est pas grave », pensant bien qu’à priori elle ne lui sera d’aucune aide à l’avenir. Pour quelles raisons ? Son accent, son joli physique, sa tête qui ne lui revient pas ? Dieu seul sait ! Quoi qu’il en soit, mon amie postule de son côté via le site de cet employeur. Un appel et trois entretiens plus tard, elle décroche le poste de réceptionniste. D’abord en période d’essai. Aujourd’hui elle a signé son sésame, le CDI.

Un jour lorsqu’elle va fumer sa cibiche dans la boîte commune des salariés mise à leur disposition, deux collègues lui demandent d’un air supérieur :

– Les deux pimbêches : Et sinon toi, tu viens d’où ?

 Mon amie très naïve et douce comme elle peut si bien l’être, répond :

 – Du Mexique !

Elles pouffent de rire.

Les deux pimbêches : Nan (en gros ça on s’en fiche complètement.) Dans quel hôtel ou palace as-tu travaillé avant ?

Mon amie comprend bien qu’elles se paient sa poire et répond la vérité.

– Je vendais des tour Eiffel dans une boutique de souvenirs.

Les deux pimbêches en bonnes mégères ne saisissent pas le mot « souvenirs ». Ou du moins font-elles semblant.  Elles la toisent de la tête au pied. Son look est refait.

– Mon amie humble ne perd pas son honneur : Sinon à part ça, j’ai bossé dans un hôtel quatre étoiles à Londres.

Trois mois plus tard, un client mystère se présente à la réception de l’hôtel. Mon amie l’accueille. Verdict du cabinet : Mademoiselle l’amie requiert un 100 % sur l’examen imposé à son insu.

Mon verdict à moi : 

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On est en crise, rien de nouveau à cela. Mais les critères parfois surréalistes que l’on me demande pour un simple boulot de vendeuse ( certes dans le luxe ) me font halluciner. Qu’on soit bien d’accord : je ne suis pas là pour vendre du pétrole ou le dernier brevet nucléaire, non ? On ne demande pas la lune alors… Qu’on redescende un peu sur terre.

Enfin, je ne mets évidemment pas dans le même panier toutes les consultantes que j’ai rencontré. Mais à certaines, j’ai parfois envie de leur dire :

« Relaaaaaaax avec ton pseudo pouvoir ! Bonne vendeuse, je te le garantie que je le suis. Alors avec tes questions et tes airs hautains, tu ne vas pas m’apprendre ce métier car si je veux, je suis capable de te vendre en deux minutes chrono. Donc please, cesse de sous-estimer mes compétences ainsi que celles des autres qui sont comme moi, ma cocotte… Ca devient pénible, d’autant qu’on doit avoir le même âge. »

Ces étiquettes qu’on nous colle si on ne sort pas de ce fameux moule, ne sont plus insupportables… Elles sont juste devenues lassantes.

J’adore mon pays la France ! Ne croyez pas que je crache dans la soupe. Il n’y a pour moi, pas plus beau pays dans le monde. Je ne suis pas aigrie, au contraire : mon sourire donne généralement vie à mon visage et je suis bien dans mes baskets.

Mais franchement pour le boulot, la France et ses principes à deux francs six sous… On a parfois envie de dire « Beeerk ! » Du coup, voilà sans doute pourquoi je partirai moi aussi sentir l’air d’un autre pays l’année prochaine. Dans un pays qui donne plus de chances aux gens comme moi qui ont un CV un peu atypique c’est vrai, mais pourtant intéressant et judicieusement exploitable.

Je ne me prétends pas être un cerveau loin de là. Mais pourquoi nos chères têtes élues s’étonnent-elles de voir ses jeunes partir à la conquête d’autres terres ?

Ai-je demandé la lune en cherchant un emploi « normal » ? Non, je ne crois pas. En fait, je me demande parfois si c’est pas plus simple de demander Jupiter, une étoile ou encore un autographe à Mickeal Jackson ?

Bref, on garde le cap, l’espoir et on traverse ces aventures folkloriques toujours avec le sourire ! Mieux vaut relativiser… 🙂

Astrid El Chami 

 

 

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11 Commentaires

  1. et bien… je te souhaite bonne chance dans ta recherche ! et bravo pour ta bonne humeur !!

    Réponse
    • Salut Fedora !

      Bien merci ! Je suis d’ailleurs en train de me préparer pour aller bosser. En mission d’une semaine dans l’une de ces marques. Equipe très sympa !

      C’est plus facile d’affronter les « difficultés » avec la bonne humeur et le sourire…:) Merci pour ton com’ et à très vite.

      Bises et te souhaite une bonne journée !

      Réponse
  2. sinon, chez Noz tu serais prise de suite, heuuuu même pas sur, trop compétente. Qu’est ce que c’est sympa de te lire, j’adore! biz

    Réponse
  3. J’adooooooooooooore!!
    Quel beau pays, faut dire ce qui est!!! Ma poule, prépare tes valises… Parce que j’ai bien peur qu’un tout petit peu plus au nord, tu ne sois que trop qualifiée pour un poste de vendeuse et qu’il te faudra bien entendu taper plus haut. On en rigolera en buvant des mojitos, en se souvenant de ce genre de mésaventures et surtout, en regardant nos fiches de paies!!!

    Réponse
    • Ouaiiiii ma belle !!! Et t’as vu ? Cet article m’a valu ma première une dans la sélection de HC !
      C’est clair demain c’est mon day-off et je vais déjà devoir passer ma journée au tel pour décrocher un autre job, ça va être tellement excitant 🙂
      C’est clair, plus ou nord-ouest, on se régalera de ces bons souvenirs… Hâte !

      Réponse
  4. Ouuuh les aigries, que je les aime celles là ! Hahaha ! ^^ J’ai adoré le coup de la cliente mystère, je te l’emprunterai à l’occasion ! 😉
    Et félicitations pour la Une ! 😉

    Réponse
    • Bonsoir PetiteBelge ! Ha je sais pas où tu es en Belgique, mais j’ai bien connu Bruxelles et Waterloo… En fait au Delaize et au GB que je piquais les bonbons…Oui elles sont phénoménales ces aigries ! Pas de problème pour la technique de la cliente mystère 😉 Merci pour la Une ! Et puis bienvenue sur mon blog, j’espère à très vite !
      Bonne soirée 🙂

      Réponse
  5. Pfff du gros n’importe quoi ces gens. Entre les « votre photo de mon CV fait érotique », « ne dites JAMAIS que vous avez été déléguée du personnel » (comprendre, fouteuse de m*rde) et les « votre branche ne recrute pas » alors que t’as vu défiler 10 annonces dans la semaine, on se demande vraiment comment ces experts en sont arrivés là :/

    Réponse
    • Hello Alexandra ! Bienvenue à toi 🙂

      Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Parfois, cela en est même irritant mais heureusement et comme je le dis dans l’article, elles ne sont pas toutes pareilles. Il y a des consultantes compétentes et qui se démènent. Après j’ai remarqué que ce sont souvent toujours les mêmes.

      Réponse

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