Le blues de la parisienne.

Le blues de la parisienne
Illustration Charlotte El Chami

C’est un syndrome typiquement féminin. Du moins s’il touche aussi la gent masculine, il faut avouer qu’elle le simule parfaitement, qu’elle le domine quasi au doigt et à l’œil. Alors que lorsqu’ il s’attaque à nous, femmes que nous sommes, il vise en plein dans le mille. Touché-coulé, puis notre cœur laisse déborder ses émotions aussi badantes les unes que les autres. Du vague à l’âme, c’est ainsi que notre matière grise se trouve alors démunie de tout contrôle…

Le blues est très facile à démasquer même s’il a le don de nous prendre en traître. Le salop. Et ce que le blues touche généralement en guise d’amuse-gueule mais qui pour nous, catapulte directement notre cul au sommet de la Dame de Fer, c’est notre apparence physique. Un point extrêmement sensible. Soudain plus rien ne va et notre anatomie pourrait brûler en enfer. Nous avons beau sortir le kit Excellence Beauté version complète bien sûr (masque d’argile, manu-pédicure, épilation, crèmes de jour et de nuit, gommage) nous sommes toujours aussi moches. Pourtant hier nous étions canons dans ce pyjama troué. Mais aujourd’hui, ça n’est plus le cas et même le make-up se paie notre tronche. Evidemment, le sourire qui pourrait encore sauver notre dignité n’ose même plus montrer le bout de ses dents (trop jaunes puisque nous sommes de toute évidence de véritables Ursula). Oui, nous nous sentons mal dans notre peau et on aimerait bien trancher cette tête que nous ne supportons plus, avoir des cheveux de starlette, remplacer ce popotin de vache par celui d’une cocote et surtout exécuter à coup de karcher cette cellulite qui s’est évidemment amplifiée en l’espace d’une nuit seulement.
En ce qui concerne l’étape suivante, le blues s’acharne sur notre mental (même s’il a déjà causé de sérieux impacts cérébraux) mixant cette fois (après l’amuse-gueule) le plat principal, le fromage et le dessert.

 Voici son procédé :

Il y a l’amoureux qui nous agace sans raison ou il n’y a justement pas d’agacement puisqu’il n’y a point d’amoureux. Donc on s’agace avec soi-même (qu’on se l’accorde, c’est pitoyable). Il y a ce patron en pleine crise qui évacue ses frustrations sur nous alors que nous sommes clairement innocentes. Puis et entre autres, il y a ces tunnels souterrains folkloriques que nous maudissons par-dessus tout et nous songeons alors à s’endetter en investissant dans une titine. L’idée en devient obsessionnelle.

Le blues de la parisienne, c’est en réalité un nid à emmerdes. Il se traduit par un ras-le-bol puissance 1000, par une envie de mourir pour renaître sur la planète Peace & Love & Mierda !

Mais alors ? Quel est ce foutu facteur qui déclenche ces déprimes passagères ? En fait, il n’y a pas de facteur particulier. C’est comme ça et ça ne s’explique pas même si ce phénomène a un sacré pouvoir de destruction psychique. L’apothéose, c’est lorsque le calendrier menstruel s’invite à lui… Aux risques et périls de ceux qui pourraient avoir une parole de trop. Mais comme la Nature est bien faite, il existe trois remèdes pour chasser le blues de la parisienne :

1. Elle s’isole, se coupe du monde et récupère ses RTT jusqu’à temps que sa pâte à tartiner et autres cochonneries l’obligent à reprendre contact avec le monde réel, en commençant par son courrier et la caissière du supermarché.

2. Puisque son mec « ne comprend rien » ou puisqu’il y en a pas, elle décide (après trois jours de crise existentielle) de retrouver ses copines afin de partager ses malheurs. C’est à ce moment-là, qu’elle se rend compte que sa cellulite imaginaire c’est du pipi d’chat à côté des sextos échangés entre une inconnue et le mec de Cathy.

3. Enfin, son blues est insurmontable puisque « tout va mal », il n’y a rien de « passionnant » dans sa « misérable » vie. C’est pourquoi, elle pense très fort (ne pouvant crier car il faut savoir rester digne) :

« Mierda, mierda mierda ! Oh et puis je vous emmerde tous ! Toi patron qui me fait plus que chier avec tes frustrations ! Soulage toi un coup, exile-toi au loin, mets toi une mine, fais ce que tu veux mais je ne suis ni ta femme, ni ton psy et encore moins ton punching ball ! J’emmerde aussi tous les mecs ! Vous qui minimisez toujours tout, puisque rien n’est grave ! Et puis enfin, Paris je t’emmerde, toi et ton ciel gris qui me rend encore plus aigrie, ton carrosse sous-terrain suite auquel je devrais me savonner à la javel, et puis aussi tes Parigots ces têtes de veaux !! En fait, je devrais tout plaquer pour me casser direction l’île merveilleuse ! Oui, j’y cultiverais des cocos et des bananes ! Et alors ?! Je m’en fiche mais au moins là-bas j’aurai la paix !

Ouai c’est ça : si je veux je peux me casser demain ou… Dans un mois ? (le temps de prévenir le patron, disons par politesse) ou… Dans trois mois ? (faudrait quand même passer les fêtes de Noël en famille… Ils pourraient me manquer) ou… A la rentrée prochaine ? (comme ça au moins j’aurai eu le temps de TOUT régler avant de partir) ou… Jamais ? »

C’est une méthode certes radicale et intellectuellement tordue mais elle se montre bénéfique. La parisienne a ainsi évacué son blues en reprenant le pouvoir et le contrôle sur sa vie. Elle peut alors exprimer ses « mierda » tout en souriant. Et c’est ainsi que de fil en aiguille, elle finit par se détendre et prendre du recul. La bonne nouvelle aussi, c’est qu’elle s’endettera une prochaine fois avec son quatre roues parce qu’en attendant elle apprécie à nouveau ceux qui chantent comme des casseroles sur sa ligne de métro. Puis, elle remercie son soleil qui lui sourit à l’heure de l’apéro et se bouche les oreilles aux réflexions de son boss. Et enfin, elle présente son mea culpa pour l’injure générale faîte à Paris, cette ville qu’elle ne pourrait quitter certainement pas sur un coup de folie.

Ce même soir, tout revient donc à la normale : elle affiche un sourire conquis en constatant dans le miroir que ses fesses sont bien toniques et que sa gueule pourrait rivaliser avec celle de Kate Moss… Jusqu’à son prochain blues !

Astrid El Chami

 

Poster un commentaire

7 Commentaires

  1. ah ah ah! T’es sure que seules les parisiennes y sont sujettes?
    Bref…? J’adore!

    Réponse
    • En effet, je n’en suis pas si sûre… C’est sans doute un syndrome féminin universel ! A toutes les femmes du monde alors ! Haha !

      Merci pour ton « j’adore » 🙂

      Réponse
  2. Olivia

     /  octobre 23, 2013

    Très bon post ! Je me suis bien marrée !

    Réponse
  3. Les Chroniques de Marie Kléber

     /  octobre 23, 2013

    Je suis sure que ca touche toutes les femmes! Mais la Parisienne encore plus. Enfin moi je me suis bien reconnue dans cette chronique « blues », que j’ai adore!

    Réponse
    • Ha merci Marie pour ton compliment 🙂 Oui, je pense que ça nous touche toutes sans raison et que ça repart incognito… Mais c’est vrai que pour la Parisienne lorsque le blues l’attrape, c’est un peu comme si elle se sentait « coupée du monde ». En tout cas, c’est l’effet que ça me fait. C’est pas forcément désagréable d’ailleurs… Peut-être parce que je suis du genre à m’agacer qu’avec moi-même à la maison alors forcément on se calme plus vite!

      Merci pour ton com’ 🙂

      Réponse
  4. Samy

     /  novembre 4, 2013

    Hihi!!Super post! On se reconnaît toutes!! heureusement que ces coups de blues passent vite! après la pluie, le beau temps 😉

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :